25 mars 2005 : alors que le pape se meurt, le cardinal Ratzinger parle de « souillure » et de « naufrage ».

Mis en avant

Ce 25 mars 2005, au Colisée, le pape est absent pour la première fois de son pontificat du traditionnel chemin de croix. C’est le cardinal Ratzinger qui mène la cérémonie tandis que Jean Paul II se meurt au Vatican. A la neuvième station, celle où on commémore la chute de Jésus, le fidèle serviteur du pape médite sur les innombrables « souillures dans l’Église » et « particulièrement parmi ceux qui dans le sacerdoce devraient lui appartenir totalement »… Ratzinger, malgré sa fidélité et son admiration sans faille pour le pape, n’est ni sourd ni aveugle concernant l’état de l’Église catholique à la fin de son règne. On assiste alors à une multiplication de révélation en France, à Boston aux États-Unis et en Irlande… Des commissions d’enquêtes commencent à rendre leurs travaux et les victimes à briser la loi du silence.

Pourtant l’entourage immédiat du pape et le puissant secrétaire d’État le cardinal Sodano continuent à faire le gros dos se disant que la tempête cessera bien. Mais une vérité plus terrible commence à émerger, et même dans la tête des fidèles les plus dévoués. Il se pourrait que le système clérical ait hébergé en son sein, non pas quelques brebis galeuses, mais un réseau de prédateurs parfois aidés et protégés pas l’institution. La vocation a-t-elle été un refuge pour des psychologies malveillantes ? L’idéalisation de la figure du prêtre a-t-elle freiné le moyen de les contrôler ? Pour Joseph Ratzinger, ce soir-là, l’Église est en tout cas à l’image de la barque de Jésus et de ses disciples sur le lac de Galilée, prête à sombrer. Il s’agit d’un « naufrage ».

Ricardo STUCKERT, Agência Brasil (8 avril 2015), Funérailles du pape Jean Paul II, Wikimedia : Licence Commons.

Huit jours plus tard, le samedi 2 avril 2005, le décès de Jean Paul II sera annoncé. A l’issue d’un pontificat mené comme une cavalcade vers l’an 2000 et au-delà, que retenir ? Le pape est devenu une star mondiale qui a rempli les stades et redonné de l’élan à une Église engluée dans l’après concile. Sur le plan international, les 1 500 personnalités politiques qui viennent aux funérailles révèlent la stature et l’importance du personnage… Mais le bilan nécessaire n’a-t-il pas été escamoté en criant trop fort et trop vite « Santo subito » ? Joseph Ratzinger, élu successeur de Jean Paul II,  en fera les frais avant de jeter l’éponge  : problèmes de gouvernance de la curie, scandales fincanier, dissimulation de crimes pédophiles.

Aujourd’hui, 15 ans après la disparition du géant du 20ème siècle que fut Jean Paul II, la situation semble tout aussi dramatique. D’une certaine manière, un premier bilan fut dressé après la renonciation de Benoît XVI. En choisissant Jorge Bergoglio, un cardinal venu du Sud, les cardinaux réunis en conclave semblent avoir tourner le dos, du moins pour un pontificat, au rêve d’un retour de puissance. L’hostilité d’une partie des membres de la Curie ou la fronde menée, aux États-Unis notamment, par des franges conservatrices de l’épiscopat montre que ce choix n’est pas au goût de tous. Devant les remises en cause du pontificat de Jean Paul II on parle désormais de faire saints ses parents, son mentor le cardinal Wyszynski et le proclamer pas moins que « Docteur de l’Église »…

Derrière l’homme, c’est bien un pape – et ses choix ecclésiaux et pastoraux – qu’on veut canoniser par peur qu’ils soient remis en cause.

Pour en savoir plus sur Jean Paul II et découvrir des aspects moins connus d’un saint que certains ont souhaité voir canonisé en urgence au prix d’une série de difficultés dans l’Eglise catholique aujourd’hui :

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30 novembre 2004 : un jubilé révélateur d’une sympathie troublante.

Il est un dossier sur lequel il est difficile de ne pas reconnaître l’aveuglement de Jean Paul II : celui des Légionnaires du Christ. Ce 30 novembre 2004 a lieu le jubilé de l’ordination de son fondateur Marcial Maciel. Pour l’événement une cérémonie pharaonique est organisée dans la basilique Saint-Paul-Hors-les-Murs. Un millier de fidèles sont venus. Au premier rang, on trouve les fameux men in black de la Légion du Christ. La congrégation d’origine mexicaine est alors au sommet de sa puissance avec son réseau d’écoles, de séminaires et d’universités. De riches donateurs, surtout en Amérique latine, ont cru à cet ordre. Ils leur semblent le plus à même de faire sortir l’Église de ce qui leur paraît être une ornière depuis l’après-concile. Dans la Légion, point de tropisme pour l’engagement sur le terrain de la justice sociale et la contestation des régimes autoritaires. En revanche, on met particulièrement en avant l’attachement à tout ce qui est institué dans l’Église : les costumes, les rites et les dévotions de jadis. Et plus que tout, on révère l’ordre et l’obéissance.

Jean Paul II, déjà considérablement affaibli, fait lire par un prélat un message à l’égard du « Révérend Père » qui a su « susciter des prêtres totalement consacrés à l’annonce de l’Évangile » avant de lui conférer une bénédiction. Si l’ordre de Maciel est si cotée à Rome, c’est qu’il pourvoit d’abondantes et serviables vocations. Alors que le recrutement sacerdotal s’écroule partout en Occident et en Amérique latine, comment ne pas être fasciné par l’affluence que parvient à obtenir la Légion ?

Marcial Maciel
Lizunamo 2 (2004), Marcial Maciel recevant la bénédiction de Jean Paul II, Flickr.

Derrière les apparences fastueuses, la réalité est plus glauque : Maciel est un manipulateur de génie. Surnommé « el padre », il veille jalousement aux destinées de milliers les jeunes hommes qu’il attire dans son ordre et qui, outre des lettres régulières leur donnant leur moindre sentiment, doivent lui promettre une obéissance spéciale et dénoncer tout ce qui irait contre lui. Et pour cause, le personnage a beaucoup à se reprocher : héroïnomane, prêtre concubinaire, il multiplie les doubles vies et il est aussi un prédateur sexuel qui abuse des séminaristes… Au plus haut niveau, pourtant, des doutes sont apparus. Le cardinal Joseph Ratzinger s’est d’ailleurs fait porter pâle ce jour d’automne 2004. Si beaucoup voient déjà Maciel comme un saint vivant, le cardinal allemand n’est pas dupe.

Que pouvait ou que voulait savoir Jean Paul II ? En ce qui concerne la Légion, les premières alertes remontaient pourtant à Pie XII… En 1997, une tribune était parue dans un quotidien américain. Rédigée par 8 anciens membres de la Légion, elle révélait le pot aux roses. Ces derniers avaient en vain écrit, à plusieurs reprises, personnellement une lettre au pape polonais. En vain….  En 2004, un premier livre d’enquête sortait aux États-Unis. Intitulé Vows of silence, il confirmait ce que l’on savait déjà : la Légion a été sous le règne de Maciel une immense machine à exploiter les corps et les consciences.

Et la Légion du Christ n’est pas qu’un accident. Sous Jean Paul II, nombre de communautés ont fleuri et ont été portées aux nues : Béatitudes, communauté des Frères et des Sœurs de Saint-Jean, Missionnaires de la Charité, Points-Cœurs, Emmanuel, Foccolari, Néocatéchuménat, Verbe de Vie. Elles se caractérisent toutes par un recrutement massif, d’éléments souvent jeunes et sans expérience, avec des règles annihilant petit à petit la personnalité. Leur avantage : présenter plus de certitudes que de doutes et mettre fin à l’hémorragie qui avait suivi le concile et la crise catholique. À quel prix cette restauration de l’Eglise s’est-t-elle donc fait humainement et spirituellement ? Jean Paul II ne porte-t-il pas une responsabilité non négligeable dans la crise des abus dont on voit aujourd’hui l’ampleur et la profondeur des ramifications dans le catholicisme ?

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26 mars 2000 : face aux Juifs, des paroles et des gestes prophétiques.

Ce 26 mars 2000, le pape est à Jérusalem. S’avançant lentement vers le Mur occidental, il fait un signe de croix et glisse, entre les pierres, une enveloppe au contenu extraordinaire : une demande de pardon. Qui aurait pu imaginer une telle chose quelque vingt ans plus tôt lors de son élection ?

Suicasmo (2018), Mur Occidental, Jérusalem, Wikimédia : Licence Commons.

S’il y a une raison pour laquelle Jean Paul II mérite son auréole, c’est assurément pour son travail de réconciliation avec le judaïsme. Archevêque de Varsovie, diocèse sur lequel se trouve l’emplacement du camp d’Auschwitz, Karol Wojtyla prend conscience de l’ampleur de ce qu’il s’est produit avec la Shoah. À l’issue du concile Vatican II, il prend également très au sérieux la modification décisive que la déclaration Nostra aetate avait introduite dans la relation au judaïsme.

Devenu pape, Jean Paul II fait franchir à la doctrine catholique officielle un pas décisif. La venue du Christ, en instaurant une Nouvelle Alliance, n’a pas rendue caduque la Première Alliance conclue avec le peuple juif. Jean Paul II révoquait définitivement la théologie de la substitution. Prônée depuis des siècles, cette dernière considérait que l’Église catholique s’était substituée au peuple juif et était le « nouvel Israël », et même le « vrai », Verus Israel.

Sur ce chemin de réconciliation, il y eut peut-être quelques faux pas. Le Carmel d’Auschwitz, installé en 1984 dans un ancien dépôt du camp, suscita bien des remous de même que la béatification de Thérèse-Bénédicte de la Croix (nom en religion d’Edith Stein déportée car juive et morte en 1942). Mais la création d’une commission de travail sur les archives de Pie XII et la reconnaissance de l’État d’Israël plaident réellement en faveur du travail de réconciliation.

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24 décembre 1999 : ouverture de la Porte Sainte. Une Église catholique au faîte de sa puissance ou au bord du précipice ?

Centro Televisivo Vaticano (2017), le pape ouvrant la porte Sainte de la Basilique Saint-Pierre de Rome à l’occasion de l’ouverture de l’Année de la Miséricorde, Wikimédia : Licence Commons.

Ce soir de Noël, Jean Paul II a réussi et ceci malgré les pronostics des oiseaux de mauvais augures. Triomphant de la maladie et de la fatigue, le pape s’avance jusqu’à la Porte Sainte et il l’ouvre. Il s’agit du point de départ d’une année de « Jubilé ». Ce projet remonte à loin : dès sa première encyclique, le pape parle du « dessein mystérieux » de Dieu qui l’a choisi dans ce moment particulier « déjà bien proche de l’An 2000 ». Le pape fait une lecture providentialiste de l’histoire : s’il a été choisi, si près de cette échéance, c’est que lui, le premier Slave à accéder à cette fonction suprême, il a un rôle bien particulier à jouer.

Pour l’anniversaire de la naissance du Christ, Jean Paul II veut que son épouse l’Église soit resplendissante. Il faut qu’elle remonte sur la grande scène de l’Histoire après les turbulences des années 1970. Afin de préparer l’événement, un nombre important d’encycliques sont écrites. Elles organisent trois années spécifiques pour réfléchir aux personnes de la Trinité : Jésus-Christ en 1997, l’Esprit Saint en 1998 et Dieu le Père en 1999. Des gestes œcuméniques sont posés. Un acte commun entre luthériens et catholiques est signé à Augsbourg en 1999. Lle primat de la communion anglicane et le patriarche de Constantinople sont invités à Rome en janvier 2000 pour, à leur tour, ouvrir la porte sainte…

L’Église se livre également à un salutaire travail de repentance et demande pardon pour l’Inquisition, les collusions avec les pouvoirs temporels dans les guerres de colonisation et de manière générale « les péchés dans le domaine des droits fondamentaux des personnes »…Mais cela n’évita pas quelques faux-pas : le texte Dominus Jesus (1999) de la Congrégation de la Doctrine de la foi (qui stipule que la plénitude de la révélation ne se trouve que dans l’Église catholique) ou le maintien de la pratique des indulgences (une des origines de la Réforme protestante) dans la perspective du Jubilé. Les divorcés remariés se verront également rappeler l’interdiction de communier ou de recevoir le sacrement du pardon (à moins d’interrompre leur vie commune avec leur nouveau conjoint).

Globalement, le Jubilé et la longue préparation qui l’a précédé peuvent être vues comme le sommet du règne de Jean Paul II. Avant une fin de pontificat beaucoup plus crépusculaire, marquée par la vieillesse et la maladie, il est parvenu à l’objectif qu’il s’était initialement fixé. Rétablie symbolique dans sa puissance, l’Église catholique s’apprête pourtant à vivre une série de crises qui révéleront au contraire l’ampleur vulnérabilité : en 2001, la justice française condamne un évêque pour avoir couvert un prêtre pédophile, en 2002, le Boston Globe publie une enquête révélant l’ampleur de la pédocriminalité dans ce puissant diocèse américain… Suivront le Canada, l’Australie, l’Irlande, l’Autriche, l’Allemagne, la Belgique, le Chili, etc. 

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23 août 1997 : veillée des JMJ de Paris. Qu’est devenue la génération « Jean Paul II » depuis ?

Peter POTROWL (2011), le pape Benoît XVI aux JMJ de Madrid de 2011, Wikimédia : Licence Commons.

Jean Paul II passe, particulièrement en France, pour le pape qui a su redonner de l’élan à la jeunesse catholique. À l’origine de nombreux engagements personnels, vocations ou mariages, certains pratiquants très reconnaissants parlent d’eux-mêmes comme faisant partie de la « génération Jean Paul II ». Ils ont retrouvé la fierté d’être catholiques, disent-ils, grâce au pape polonais. Cela est dû en grande partie au succès des « Journées mondiales de la Jeunesse » (JMJ) de Paris. La grande veillée qui marque la fin du festival eut lieu le 23 août à l’hippodrome de Lonchamp à Paris et fut assurément un succès. Il s’agit d’une étape franchie avec éclat par le pape vers le Jubilé de l’an 2000 à Rome.

Le projet de ré-évangéliser l’Europe se doubla très tôt chez le pape polonais par la recherche d’un projet pastoral ambitieux pour y parvenir. N’ayant pas peur des nouvelles formes d’évangélisation, découvertes très tôt dans ses voyages, notamment aux États-Unis, il chercha à combiner l’esprit des grands festivals qu’affectionnait la jeunesse, un certain culte à la personne du pape et la liturgie catholique. Les JMJ furent assurément un succès pastoral même si leurs retombées exactes sont encore dures à quantifier…

À Paris, on attendait même un pape fatigué et on s’interrogeait sur sa capacité à mener jusqu’au bout les célébrations. Un an auparavant, la commémoration du baptême de Clovis (en 1996) ne s’était pas vraiment bien passée. Force est de constater que, cette soirée d’été 97, le succès est au rendez-vous. Devant l’affluence inattendue, le Préfet de Police de Paris fait fermer les grilles de l’hippodrome et, à la hâte, des organisateurs doivent aménager un écran géant. Il faut dire que les évêques français se sont donnés pour cet événement. Ils ont ménagé les différentes sensibilités du catholicisme hexagonal. Les scouts d’Europe peuvent côtoyer les mouvements d’Action catholique ou les charismatiques. Il a été demandé par les évêques au pape de ne pas réserver aux jeunes Français ses diatribes anti-IVG comme il avait pu le faire à Denver : la culture est ici différente et cela ne serait pas ressenti de la même manière.

1997 illustre finalement bien toutes les ambiguïtés de la relation de Jean Paul II à notre pays. Le pape l’affectionne particulièrement, qu’il a visité à de très nombreuses reprises et d’où il tire de très nombreux modèles mystiques (Louis-Marie Grignon de Montfort, le curé d’Ars, les apparitions mariales). Mais il ne semble pas totalement comprendre la France dans sa complexité. Il semble plutôt projeter sur lui sa grille de lecture polonaise en s’adressant par exemple à lui comme une personne : « France, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » . Qu’importe qu’il y ait eu une autre confession sur le territoire de ce qui allait devenir la France avant le christianisme (le judaïsme) ou que, depuis la Révolution, la citoyenneté ne repose pas sur une base religieuse ou ethnique mais davantage sur à l’adhésion à un pacte démocratique.

Le pape polonais eut aussi beaucoup de difficultés à comprendre comment l’enfant modèle du catholicisme français dans l’après-concile soit devenue une fille bien turbulente avec ses mouvements contestataires, comme ceux nés dans le sillage de l’évêque Jacques Gaillot à qui il retira son siège d’évêque d’Évreux… Patiemment, nomination après nomination, le pape s’attacha à reconstruire un épiscopat en accord avec son programme et l’image qu’il se faisait de la France. Son étendard fut assurément Jean-Marie Lustiger, l’archevêque de Paris, qui ne parvint jamais toutefois à devenir président de la Conférence des évêques de France. S’appuyant sur des nouvelles communautés davantage que sur l’Action catholique, devenue trop turbulente, centrées sur une pastorale des vocations et qui mettent un terme aux expérimentations modernisatrices des décennies passées…

Que reste-t-il aujourd’hui de ce rêve de reconquête dont la France était au coeur ? La baisse de la pratique ne s’est pas stoppée. Malgré le rêve des JMJ, de nombreux diocèses sont exsangues sur le plan des finances et des vocations. Des communautés fleurons de la reconquête ont dû reconnaître que derrière la façade clinquante il y eut de nombreux abus… Le pluralisme, qui fit longtemps la force du catholicisme français, y a sûrement beaucoup perdu, cadres et prêtres étant très majoritairement issus aujourd’hui d’une frange identitaire qui peine à chercher des nouvelles formes d’engagement… 

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11 octobre 1992 : promulgation par Jean Paul II du catéchisme universel de l’Église catholique. Un moyen d’en finir avec l’esprit de collégialité de Vatican II ?

Vatican 2 (1962-1965) n’avait pas abouti à la rédaction d’un catéchisme à la différence de son prédécesseur le Concile de Trente à l’époque où le protestantisme se développait à la Renaissance. Les pères conciliaires n’avaient pas non plus jugé bon d’établir une liste des erreurs du monde moderne à combattre comme l’Église l’avait fait au 19ème siècle. Cela avait d’ailleurs passablement irrité les traditionalistes… Le souhait des évêques présents au Concile était plutôt d’établir une Église reposant sur le cheminement personnel, la liberté de conscience et le dialogue.

Si catéchisme il devait y avoir, sa rédaction serait laissée, dans un souci d’insertion dans les réalités nationales spécifiques, aux bons soins des conférences des évêques nationales. Au cours des décennies qui suivirent, de nombreux épiscopats se lancèrent dans cette vaste entreprise. Les Pays-Bas ne comptaient que sept évêques qui se mirent rapidement d’accord. Rédigé dans l’esprit d’ouverture du moment, leur catéchisme fut publié en 1966 et il connut un grand succès avec une traduction en plusieurs langues. Mais vite dénoncé à Rome par des mouvements conservateurs, le texte fut corrigé et resurgit l’idée dans l’esprit des forces opposées au changement d’un catéchisme universel afin de se prémunir de ce genre de situations.

Couverture de la première édition du « Catéchisme hollandais » publié par la Conférence épiscopale des Pays Bas en 1966.

Devenu pape, Jean Paul II accentua ce processus de re-centralisation. Il réunit en 1985 un synode extraordinaire à l’occasion des 20 ans de la fin du Concile (1965). Au cœur de cette assemblée d’évêques à Rome, l’interprétation de l’événement fut mise à la discussion. Peut-on admettre une rupture ou faut-il coûte que coûte sauver la continuité de l’enseignement de l’Église ? Schématiquement, la deuxième option, portée Joseph Ratzinger, l’emporta dans des conditions interrogeables alors que les évêques eurent à peine 15 jours pour se prononcer sur des enjeux aussi complexes. En réalité, Jean Paul II et son bras droit souhaitaient ramener l’autorité au centre.

L’idée d’un catéchisme piloté depuis Rome s’imposa alors définitivement. En 1992, après un long travail, le texte est publié et encore aujourd’hui le cœur de l’enseignement catholique. On y trouve pourtant un certain nombre de formulations sur les femmes, les ministères, les divorcés remariés, la peine de mort ou les homosexuels qui sont grandement remises en cause par les communautés et des théologiens patentés. Le texte fut suivi en 1993 d’une encyclique intitulée Veritatis Splendor qui acheva de parfaire l’édifice intellectuel voulu par le pape. Le texte dépeint un monde où rien ne va, où le modernisme et la liberté mal comprise mènent à l’individualisme et à l’hédonisme. Monde dans lequel seule une parole forte, énonçant une vérité reçue d’en haut, non négociable, peut sauver l’être humain… 

En opérant ce resserrement, Jean Paul II n’a -t-il pas contribué à fragiliser l’Église dans son ensemble et assécher le nécessaire travail théologique ? Qui, dans nos sociétés de l’autonomie, peut se reconnaître dans des systèmes dogmatiques aussi centralisés ? À force de rigidifier l’enseignement, le pape n’a-t-il pas induit le risque d’un changement qui ne peut prendre la forme que d’une rupture ? 

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1er septembre 1989 : Mikhaïl Gorbatchev est reçu au Vatican. Jean Paul II a-t-il remporté la Guerre Froide ?

L’impérialisme mémoriel catholique a-t-il investi la Guerre Froide ? En Allemagne, on salue souvent le rôle des pasteurs luthériens de la RDA et des mouvements civiques qu’ils animaient pour expliquer la brèche faite dans le Mur de Berlin. À l’Université ou dans les manuels d’histoire, on avance plutôt la relance par Ronald Reagan de la course à l’armement (condamnée par l’Église). Elle aurait essoufflé une URSS incapable de suivre… De nombreux mouvements civiques, syndicats ou forces politiques, ont ainsi œuvré, de l’intérieur, sans forcément être confessionnels contre le communisme. Pourtant, on entend souvent dire dans les milieux catholiques que Jean Paul II aurait fait tomber l’empire soviétique. Qu’en est-il vraiment ?

Cette idée vient d’un entretien de Gorbatchev qui, commentant sa rencontre historique avec le pape au Vatican le 1er novembre 1989, a affirmé que rien n’aurait été possible sans le « rôle éminent » du pape. En Pologne, assurément… Jean Paul II a eu une place centrale dans l’ébranlement du régime. Son premier voyage en 1979 a éveillé les consciences qui s’organiseront progressivement dans un mouvement comme Solidarnosc pour porter la contestation contre un régime tenté de plus en plus de se soviétiser. Le pape exploita à fond son aura international pour exiger le respect des droits humains : la liberté de conscience et la liberté syndicale. De 1979 à 1989, durant les années où le Parti communiste polonais imposa le régime martial à son peuple, le pape fut la conscience morale et le symbole de sa Nation qui se libérait.

Mais si on regarde le dossier d’un peu plus près, tout est plus complexe. Tant qu’il était en Pologne, hormis quelques coups d’éclats, comme la messe de Noël de 1959, Karol Wojtyla, qui était constamment espionné, se garda de trop d’écarts. Ses hagiographes le reconnaissent eux-mêmes. Jusqu’à sa cinquantaine, la politique n’est pas le souci premier d’un homme qui se passe plus pour un mystique, un artiste ou un poète. Il ne fut pas assigné à résidence comme le fut le primat Wyszinscki durant le stalinisme. Durant Vatican II (1962-1965), jamais le régime ne contraria ses déplacements pour aller à l’Ouest tant il semblait compatible avec la politique d’ouverture de Gomulka. Dans les écrits de Wojtyla, peu de critique directe du marxisme soviétique ni de proximité avec les forces de gauche critiques du totalitarisme.

C’est le caractère inaliénable de la dignité humaine qui motive intellectuellement l’anti-marxisme de Jean Paul II et non ce qui serait la recherche d’une alternative humaine au modèle socialiste. Une fois pape, Jean Paul II n’a pas non plus rompu avec l’Ostpolitik du cardinal Casaraoli qu’il a maintenu comme Secrétaire d’État du Vatican (c’est-à-dire son ministre des Affaires étrangères). Cette ligne, contrairement à l’anti communisme forcené du Vatican des années 1950 (qui vit la condamnation des prêtres ouvriers à l’Ouest) cherchait plutôt un accommodement avec les régimes en place. Jean Paul II fut loin d’être un « Reagan au Vatican » – comme Pie XII fut qualifié de « Truman au Vatican »… Rome et l’épiscopat américain ont toujours marqué leur distance à l’égard de l’escalade à l’arme nucléaire qui a été au cœur de la stratégie du président républicain… 

David VALDEZ (1989), George Bush et Mikhail Gorbatchev au sommet de Malte (durant lequel la Guerre Froide est déclarée officiellement terminée). Cette rencontre eut lieu immédiatement après celle du dirigeant soviétique avec Jean Paul II au Vatican, National Archives and Records Administration, Wikimedia : Licence Commons.

En définitive, s’il faut saluer le rôle éminent qu’eut le pape Jean Paul II dans l’ébranlement du bloc soviétique, il convient de le replacer dans un cadre plus large et un paysage géopolitique plus complexe. De plus, en centrant son message sur le nationalisme catholique, l’Église polonaise, grande héritière du récit hagiographique sur Jean Paul II, n’est pas exempte d’une certaine responsabilité dans le devenir actuel d’un Etat depuis 1989. Ce dernier peine à s’arrimer, avec le PIS (le parti de droite conservatrice « droit et justice » proche de l’épiscopat) au pouvoir, à l’agenda démocratique de l’Europe des 27. La restriction des libertés des journalistes ou des magistrats ou l’autorisation des discriminations dans les « no LGBT zones » ne témoignent-ils pas des développement possibles de l’anti-soviétisme de Jean Paul II qui ne se fit pas totalement en soutenant les valeurs démocratiques ? 

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24 mars 1984 : Notre Dame de Fatima rend visite à Jean Paul II.

Manuel GONZÁLEZ OLAECHEA Y FRANCO (2004), statue de Notre Dame de Fatima, Wikipédia : Creative Commons.

Ce jour-là, Jean Paul II reçoit au Vatican une surprenante visite : celle de Notre Dame de Fatima. La statue a fait le voyage dans un avion spécialement affrété depuis le Portugal. Elle est accueillie, comme un chef d’État, par un aréopage de cardinaux et dignitaires religieux. Puis la statue est exposée au Vatican en divers endroits et, durant la nuit, dans la chapelle privée du pape.

Pour comprendre cet intermède baroque du pontificat de Jean Paul II, il faut revenir en arrière au moment de l’attentat du 13 mai 1981 lorsque Mehmet Ali Agça tente de tuer le pape d’un tir de revolver. Passé proche de la mort, Jean Paul II prit conscience rétrospectivement que c’était le jour où on fêtait l’apparition de la Vierge Marie en 1917 à trois bergers au Portugal. Il ne douta plus lors de la grâce spéciale qu’il avait reçue : « C’est une main maternelle qui guida la trajectoire de la balle et le pape agonisant s’arrêta au seuil de la mort ». Cette épisode ne fit que renforcer une dévotion ancienne d’un pape originaire de Pologne où le sanctuaire marial de Czestochova a une place centrale. L’hypothèse psychanalytique, pour un homme qui a perdu sa mère très tôt, même si elle est difficile à explorer, n’est pas à exclure.

En tout cas, Jean Paul II a infléchi dans un sens très particulier la piété mariale dans tout le catholicisme alors que, au moment du concile, elle avait commencé à évoluer. Tandis que que Paul VI avait fait de Marie la « première » des disciples et un modèle à suivre pour tous les baptisés, hommes et femmes, en appelant à être conscient des contextes socio-culturels passés, le pape polonais l’érige de nouveau en modèle transhistorique de la féminité.

Dans un monde contemporain où les femmes accèdent de plus en plus à des responsabilités, l’accent mis sur Marie, conçue avant tout comme une « mère », conduit de nouveau à séparer le monde des hommes et celui des femmes. Le pape assigne les femmes à un rôle spécifique et justifie par là même leur rôle second dans la gouvernance de l’Église et les plus hautes fonctions liturgiques. L’exaltation de la figure de Marie est souvent un argument utilisé pour contrer la critique de la misogyne du catholicisme romain. Mais l’exaltation de cette figure sert aussi à cantonner les femmes dans des rôles spécifiques et surtout ne pas remettre en cause l’organisation interne de l’Église.

Quel bilan tirer aujourd’hui de cette mise en avant de la dévotion mariale ? La crise des abus n’a-t-elle pas révélé les soucis causés par la dissymétrie des structures de gouvernance ?

Pour en savoir plus sur Jean Paul II et découvrir des aspects moins connus d’un saint que certains ont souhaité voir canonisé en urgence au prix d’une série de difficultés dans l’Eglise catholique aujourd’hui :

Christine PEDOTTI et Anthony FAVIER, Jean Paul II, l’ombre du saint, Paris, Albin Michel, 330 pages.

Disponible en magasin : la Librairie, la Procure, la FNAC, Cultura, Amazon et dans toutes les bonnes librairies ! Et pour les « fans », le site Témoignage chrétien propose des exemplaires dédicacés.

15 août 1988 : la lettre « Mulieris dignitatem » s’attache à remettre les femmes à leur place.

En 1988, la messe de l’Assomption à la basilique Saint-Pierre revêt une importance particulière. Elle marque la fin d’un cycle marial que Jean Paul II a imposé à toute l’Église. Pour clôturer cette longue année, le pape annonce une lettre apostolique « sur la dignité et la vocation de la femme ».  Intitulé « Mulieris dignitatem » , le texte arrive à l’automne.

Il s’inscrit dans la vaste tentative du pontife de remettre en ordre les rôles de genre dans le catholicisme dans la perspective du Jubilé de l’An 2000. Le pape souhaite ainsi juguler les demandes d’ouverture portées par la théologie ouverte dans les décennies précédentes sans pour autant donner l’impression de ringardiser des positions catholiques. Au moment de présenter le texte, le cardinal Ratzinger affirme à son tour qu’il inaugure rien moins qu’un « féminisme catholique » !

Avant cette lettre, Jean Paul s’était déjà beaucoup exprimé sur les femmes ou, pour être exact, sur l’idéal féminin. Indirectement à travers son commentaire de l’encyclique Humanae vitae et sa catéchèse appelée la « théologie du corps ». Tout en refusant la contraception chimique, il plaçait dans la maternité tout le « mystère de la féminité » sans jamais envisager les femmes comme des êtres de désir. Dans sa lettre Familaris consortio (novembre 1981), Jean Paul II avait de nouveau essayé de concilier émancipation des femmes et affirmation de leur rôle de mère. Dans Mulieris dignitatem, la Vierge Marie devient l’image la plus accomplie de la vocation féminine authentique.

Si féminisme il y a dans cet enseignement, ce qui est très discutable, il est fondamentalement différentialiste. La libération des femmes est conçue comme l’accomplissement de leur nature et répondre à ce qui est défini comme leur principale dignité : la maternité. Et si le don d’enfanter fonde la féminité, elle est aussi un privilège qui justifie en retour l’exclusion du sacerdoce. Donner la vie et dire la messe ne peuvent se cumuler… 

Jean Paul II a finalement beaucoup idéalisé « la Femme ». En assignant aux femmes de chair et de sang une place qui ne correspond ni à la réalité ni à leur aspirations, ne leur a-t-il pas surtout offert une cage dorée de laquelle il est difficile de s’échapper ?

Jason7825 (2009), une statue de Jean Paul II à la cathédrale Saint Mary à Sidney en Australie, Wikimédia : domaine public.

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27 octobre 1986 : une rencontre à Assise pour « ne pas prier ensemble » ?

Christ LIGHT (2017), mémorial de la journée mondiale de prière pour la paix à Assise, Wikimedia : Creative Commons.

C’est un épisode qui contribua à la réputation de sainteté de Jean Paul II de son vivant. Le 27 octobre 1986, sous l’oeil des caméras du monde entier, le pape parvint à réunir à Assise des dignitaires de nombreuses religions pour prier pour la paix. Ce jour-là, on dit que toutes les armes se turent. Joseph Ratzinger, le jaloux gardien de la « doctrine de la Foi », n’y était pourtant guère favorable. Les lefebvristes, qui se rapprochaient alors de plus en plus du schisme, s’agitèrent et fulminèrent. Jean Paul II y gagna assurément ses galons de « progressiste ». Mais qu’en est-il vraiment ?

À y regarder de plus près, le pontificat de Wojtyla a fait avancer de manière très prudente l’Église sur le plan du dialogue. Malgré les différentes langues et origines, c’était un clergé quasi-exclusivement masculin qui représentait l’humanité ce jour là. Notons aussi qu’à Assise seules les confessions religieuses étaient représentées. Les convictions philosophiques qui n’acceptent pas l’idée de Dieu ou en doutent ne furent pas invitées. Le dialogue, s’il était bel et bien envisagé, ne restait inter-religieux et ne se laissait pas encore déranger par l’inter-convictionnel. En tout cas, le « syncrétisme » et le « consensus » sont écartés par le Vatican comme d’affreux repoussoirs. Comme le cardinal Etchégaray le précisa à la presse : à Assise on ne pria pas ensemble mais on fut « ensemble pour prier ».  

Les années Jean Paul II sont celles où on bascule de l’idée de « mission », passablement écornée par le processus de décolonisation, à celle de « nouvelle évangélisation ». Cette dernière est à destination spécifique des vieilles terres de chrétienté européenne où la déprise est plus forte. Ce nouvel idéal, sans se départir totalement d’une nostalgie pour le passé où la papauté était toute puissante, ne fit pas place non plus à l’inculturation demandée par de nombreuses Églises locales.

Des théologiens, comme le Français Claude Geffré, mais bien d’autres, qui affirmèrent qu’on peut trouver du vrai dans d’autres traditions religieuses, en firent les frais en étant condamnés. Et comment oublier, après Assise, une déclaration comme Dominus Jesus en 2000 ? Cette dernière, qui  rappelle que seule l’Eglise catholique est dépositaire de l’entièreté de la Révélation, a passablement refroidi le monde protestant et le travail œcuménique….

Et que reste-t-il aujourd’hui de ces certitudes assenés à coups de discours, d’encycliques et de condamnations de théologiens ? « L’apostasie » du vieil Occident chrétien n’a nullement ralenti et les grandes religions ne sont guère considérées comme des facteurs de paix. L’esprit d’Assise promu par Jean Paul II, n’a que très brièvement maquillé une conception plus étroite et identitaire du catholicisme.  

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