15 août 1988 : la lettre « Mulieris dignitatem » s’attache à remettre les femmes à leur place.

En 1988, la messe de l’Assomption à la basilique Saint-Pierre revêt une importance particulière. Elle marque la fin d’un cycle marial que Jean Paul II a imposé à toute l’Église. Pour clôturer cette longue année, le pape annonce une lettre apostolique « sur la dignité et la vocation de la femme ».  Intitulé « Mulieris dignitatem » , le texte arrive à l’automne.

Il s’inscrit dans la vaste tentative du pontife de remettre en ordre les rôles de genre dans le catholicisme dans la perspective du Jubilé de l’An 2000. Le pape souhaite ainsi juguler les demandes d’ouverture portées par la théologie ouverte dans les décennies précédentes sans pour autant donner l’impression de ringardiser des positions catholiques. Au moment de présenter le texte, le cardinal Ratzinger affirme à son tour qu’il inaugure rien moins qu’un « féminisme catholique » !

Avant cette lettre, Jean Paul s’était déjà beaucoup exprimé sur les femmes ou, pour être exact, sur l’idéal féminin. Indirectement à travers son commentaire de l’encyclique Humanae vitae et sa catéchèse appelée la « théologie du corps ». Tout en refusant la contraception chimique, il plaçait dans la maternité tout le « mystère de la féminité » sans jamais envisager les femmes comme des êtres de désir. Dans sa lettre Familaris consortio (novembre 1981), Jean Paul II avait de nouveau essayé de concilier émancipation des femmes et affirmation de leur rôle de mère. Dans Mulieris dignitatem, la Vierge Marie devient l’image la plus accomplie de la vocation féminine authentique.

Si féminisme il y a dans cet enseignement, ce qui est très discutable, il est fondamentalement différentialiste. La libération des femmes est conçue comme l’accomplissement de leur nature et répondre à ce qui est défini comme leur principale dignité : la maternité. Et si le don d’enfanter fonde la féminité, elle est aussi un privilège qui justifie en retour l’exclusion du sacerdoce. Donner la vie et dire la messe ne peuvent se cumuler… 

Jean Paul II a finalement beaucoup idéalisé « la Femme ». En assignant aux femmes de chair et de sang une place qui ne correspond ni à la réalité ni à leur aspirations, ne leur a-t-il pas surtout offert une cage dorée de laquelle il est difficile de s’échapper ?

Jason7825 (2009), une statue de Jean Paul II à la cathédrale Saint Mary à Sidney en Australie, Wikimédia : domaine public.

Pour en savoir plus sur Jean Paul II et découvrir des aspects moins connus d’un saint que certains ont souhaité voir canonisé en urgence au prix d’une série de difficultés dans l’Eglise catholique aujourd’hui :

Christine PEDOTTI et Anthony FAVIER, Jean Paul II, l’ombre du saint, Paris, Albin Michel, 330 pages.

Disponible en magasin : la Librairie, la Procure, la FNAC, Cultura, Amazon et dans toutes les bonnes librairies ! Et pour les « fans », le site Témoignage chrétien propose des exemplaires dédicacés.

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