25 juillet 1968 : Karol Wojtyla à la rescousse de Paul VI pour condamner « la pilule ».

Ne nous y trompons pas, ce n’est pas Jean Paul II mais bien l’un de ses prédécesseurs, Paul VI, qui proclama l’encyclique Humanae vitae. Ce texte interdit le recours, pour les couples catholiques, aux contraceptifs « chimiques » en 1968. Arrivant dans un Occident en proie à des contestations portées par une génération qui cherche à inventer une nouvelle façon d’aimer et de gérer sa vie de famille, ce fut une véritable bombe et ceci même chez les catholiques. Pour les historiens, ce fut sûrement un accélérateur considérable du décrochage des femmes dans la pratique. Le dominicain Yves Congar s’en inquiète même dans une lettre à l’épiscopat français « il se pourrait que Rome ait perdu, en un coup, ce qu’elle a mis seize siècles à construire ».

A contre courant de plusieurs commissions de théologiens réunies par Rome, qui auraient voulu prendre un autre chemin, celui qui n’est alors qu’archevêque de Cracovie suit le pape Paul VI dans sa rigueur car il a des idées bien tranchées en la matière. Elles lui viennent de ses travaux en tant que professeur de théologie morale à l’université de Lublin. L’amour est pour lui le lieu par excellence où s’exprime la responsabilité individuelle. Alors que la jeunesse souhaite jouir sans entraves, il voit, au contraire, dans le fait de se contenir, même au sein du mariage afin de ne pas avoir d’enfants, ce qui fonde la grandeur de l’homme. 

Ceridwen (2006), Différents types de pilule contraceptive, Wikimédia : Creative Commons.

Devenu pape, Jean Paul II n’aura de cesse de revenir à cet enseignement, le développant via ses catéchèses hebdomadaires dans une « théologie du corps », qui, sans être un refus de la chair, la sacralise dans le couple hétérosexuel procréatif. Toute autre forme d’expression de la sexualité sera inlassablement dénoncée comme n’étant pas à l’image de Dieu dans sa création. Jean Paul II n’a pas non seulement reformulé, dans un sens très conservateur, un discours déjà existant mais il a demandé à toutes les instances de l’Eglise d’en faire la promotion sans chercher à en discuter le contenu ou à en envisager les limites pastorales. Même lorsque la question du contrôle des naissances est posée par l’ONU pour le développement des pays pauvres ou l’égalité entre femmes et hommes, le pape pèsera de tout son poids pour empêcher la promotion de la planification des naissances. Dans les années 1990, le « non possumus » prend un tour tragique avec l’épidémie du sida dont l’extension ne peut se contenir que par le recours au préservatif.

En se faisant le pape de l’intransigeance sur la question des moeurs et de la sexualité, Jean Paul II n’a-t-il pas durablement contribué au fossé entre l’Eglise et les nouvelles générations ? Et tout particulièrement les femmes ? 

Pour en savoir plus sur Jean Paul II et découvrir des aspects moins connus d’un saint que certains ont souhaité voir canonisé en urgence au prix d’une série de difficultés dans l’Eglise catholique aujourd’hui :

Christine PEDOTTI et Anthony FAVIER, Jean Paul II, l’ombre du saint, Paris, Albin Michel, 330 pages.

Disponible en magasin : la Librairie, la Procure, la FNAC, Cultura, Amazon et dans toutes les bonnes librairies ! Et pour les « fans », le site Témoignage chrétien propose des exemplaires dédicacés.

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